Partager l'article ! tous pareils, tous cruels: Vendredi 29 Octobre 2010 · 12:15 · 125 connectés Cruels, tou ...

Vendredi 29 Octobre 2010 · 12:15 · 125 connectés
Cruels, tous cruels
C'’est une histoire sans fin, une histoire sans début. L'histoire d'une mort.
L'histoire d'une vie. La vie d'une personne. Une personne parmi les 6 858 291 281 personnes sur terre...
" J'avais treize ans, et tout ce que pouvait vivre un humain je l'avais vécu. Treize ans seulement. Dans un silence mélancolique j'ai souffert. Dans une vie morte j'ai vécu. Avec un regard vide,
inexpressif. J'étais offensée par ma propre vie.
Je le revoyais chaque jour, chaque nuit, chaque instant de ma vie, une vie qui n'existait pas, une vie qui ne devait pas exister. Il était toujours là, je sentais son souffle froid derrière moi,
une main qui m'attrapait sèchement, me fermant la bouche, et l'autre me serrant par la taille. Il était collé à moi, m'a jetée, s'est amusé, mon cœur cognait contre mes poumons, mais il ne
s'arrêtait pas. Ses mains se baladaient, sa langue de même. Et je fermais les yeux attendant que mon cœur s'arrête de battre. Il entreprit une exploration de tout mon corps. Mes paupières
restaient fermées mais je le voyais quand même. Elles faillirent se déchirer, je le voyais toujours. Il ne voulait pas en finir. Deux corps sur le sol. L'un qui tremble et l'autre qui en tire un
énorme plaisir. Il puisait une vie entière.
Si seulement... non, rien. J'aurais voulu mourir à ce moment là. J'aurais voulu qu'il m'étrangle pendant qu'il y était. J'aurais voulu qu'il me tue. Que l'on m'assassine. Que l'on me pende. Je
voulais crier, hurler, faire sortir tout ce que j'avais au fond, atteindre les limites de mes hurlements. Mais même un simple murmure ne traversait pas ma gorge. Je ne pouvais prononcer aucun
mot.
C'était long. C'était atroce. Le temps s'était suspendu. Et bien sûr ce putain de dieu n'y voyait rien. "Faites attention à votre montre elle s'est arrêtée !" non il n'écoute pas. Il n'est jamais
là. Il n'a jamais été là. Désolée, je ne devrais pas dire ça... Mais... non, rien, désolée.
Je ne m'approfondirais pas trop sur ce sujet...
Puis, je ne sais pas. J'allais vraiment mal. Je devais en finir, je me sentais piétinée. J'étais humiliée à jamais. J'étais morte. Mais je vivais. Je ne devais pas. Il fallait que je meure. Je ne
pouvais pas rester ainsi. Je me débrouillais pour trouver des lames à rasoir. Des vraies lames parfaitement bien aiguisées, le genre de lames qu'utilisaient les gens anciennement pour éliminer
toute trace de vie sur leur crane. Elle glissait sur ma peau. Du sang. Beaucoup de sang. Mais il fallait toujours que je vive! La mort était là. Impossible à atteindre. J'étais au fond du
puits...
Je n'aimais pas les gens. Les gens étaient tous pareils. Tous égoïstes.
Tous cruels. Tous les mêmes.
Le seul minuscule espoir qui me restait
était mes parents. Peut être pouvaient ils me consoler, me faire tout oublier, me laver le cerveau comme ils le faisaient pour me faire faire mes devoirs.
"Maman..."
Elle me regarda d'un air méprisant, et me dit qu'elle était occupée pour l'instant.
"Papa..."
Il en fit de même, mais en guise de réponse il me jeta un "Va voir ailleurs si j'y suis, je travaille maintenant ça ne se voit pas ?" Oui, il travaille toujours...
Alors je vais me réfugier dans ma chambre... Comme d'habitude... Une bouteille de bière à la main, ou quelques fois une dose d'héro. Ça faisait déjà plusieurs mois que je me fiais à mes seules
échappatoires, ou peut être des semaines, je n'en sais rien.
Depuis ce jour, le fameux jour, mes bras ne sont jamais dans un bon état, mon cerveau est toujours sans dessus dessous, etc.
Et puis il y a toutes ces nuits. J'entends des pas, je sens un souffle, quelqu'un respire derrière moi, quelqu'un me guette. Quelqu'un est caché. Sous le lit, derrière la porte, derrière la
fenêtre, derrière moi, dans mon placard... Partout! Il est partout... J'ai toujours peur, une sensation qui s'est toujours répétée, toujours aussi ardente. Ce n'était pas de la peur. C'était bien
plus que ça. Je sentais quelqu'un. Ce n'était pas une simple peur. J'étais plus que terrifiée, je tremblais sur place. Je ne pouvais rien faire d'autre. Combien de fois, à 3h du matin, je me
précipitais vers la chambre de mes parents en pleurant disant que quelqu'un était caché dans ma chambre. Mais jamais on ne m'a cru. Je passais toutes mes nuits dans un cauchemar, je ne dormais
pas, j'avais peur... De quoi? Je ne sais pas...
Et il y avait ces moments où j'explosais en pleurs n'importe quand. Pourquoi? Un simple flashback. Mais pour les professeurs, je répondais avec un "rien, une dispute entre amies, rien de
grave..." Et naïvement, on me croyait...
Les gens étaient tous pareils, les gens
sont tous pareils. Tous les mêmes. Tous cruels.
Et il y eut aussi cette
fois, cette première fois où une voix cria mon nom d'un hurlement déchirant au beau milieu de la nuit. Je disais bien que quelqu'un était caché. Quelqu'un voulait ma mort. Quelqu'un attendait que
j'éteigne les lumières pour m'étouffer. Mais je savais que je ne pouvais pas me protéger de quoi que ce soit. Personne ne pouvait rien faire. Personne, mais quelque chose... Au fond du placard,
de la poudre du bonheur...
Ce fut ma première overdose. Mon père s'était pratiquement affolé. Il m'avait entendue pousser un cri. Puis je ne sais plus. Lorsque le médecin lui dit je ne sais quoi, il me battit à mort. A
MORT je dis ! La seule excuse que j'ai trouvé était "je n'y peux rien si même les sucettes dans un marché peuvent étrangler quelqu'un!"
Beaucoup plus tard, mes deux parents découvrirent l'état de mes bras presque déchiquetés. Les coups les plus violents, je les reçus à ce moment là, de la part des deux êtres qui étaient sensés me
prendre dans leurs bras et faire l'effort de me demander ce que j'avais. Mais ils ne connaissaient pas la tendresse. Ils sont allés jusqu'à me fracturer le bras gauche en me faisant tomber par
l'intensité de leur acharnement. J'ai eu beau pleurer, on n'a jamais pensé à m'aider...
"Mamaaaan!"
J'eus beau crier, j'eus beau pleurer, j'eus beau m'affoler, elle n'a jamais été là, à me serrer dans ses bras, à me consoler, à jouer son rôle de maman...
Les gens étaient tous pareils. Mes parents y compris. Les gens sont tous pareils. Tous les mêmes. Tous
cruels.
J'entendais des voix, je voyais des choses que personne ne
voyais, je ressentais une présence, j'avais peur. Une énorme angoisse m'étranglait.
Personne n'y comprenait rien. Moi non plus.
Mais personne ne voulait faire l'effort d'écouter.
Les gens étaient tous
pareils. Les gens sont tous pareils. Tous les mêmes. Tous cruels...
J'avais treize ans, et tout ce que pouvait vivre un humain je l'avais vécu. Treize ans seulement. Dans un silence mélancolique j'ai souffert. Dans une vie morte j'ai vécu. Avec
un regard vide, inexpressif. J'étais offensée par ma propre vie.
J'ai treize ans, ou un an de plus, et tout ce que pouvait vivre un humain je l'avais vécu. Quatorze ans seulement. Dans un silence mélancolique je souffre. Dans une vie morte je vis. Avec un
regard vide, inexpressif. Je suis offensée par ma propre vie."
