
Amour meurtrier
L’amphithéâtre est à présent désert.
Cette salle grandiose, couramment abrégé en amphi, est aménagé pour accueillir des cours magistraux et sa forme en gradin rappelle celle des amphithéâtres romains.
A cette heure, il est vide d’étudiants dans un silence olympien. Aucun bruit, ni rire, ni moqueries lâchées sous cape. Le silence a envahi la demeure.
Il y traine des boites de bière, de vieux mégots et divers objets intimes que l’on trouve dans les villages abandonnés dans l’urgence de l’exode.
Mais place au ballet des techniciennes de surface, appellation plus moderne des femmes de ménages.
La Sorbonne est maintenant plongée dans l’obscurité ou les seuls repères lumineux vous indiquent les issues de secours.
Viendra, tout au long de la nuit des vigiles pour des rondes nonchalantes dans l’immense bâtisse.
Murielle a vingt ans, un âge où on pense avoir résolu l’énigme du monde. Par amour pour son prof de fac, elle a mis des bas fumés qui galbent parfaitement ses fines jambes. Une petite culotte de satin qui épouse ses deux petites fesses rondes et fermes et plus haut, ses deux petites pommes de ses seins sont emprisonnés dans un soutien gorge. Une robe de soie rouge recouvre tous ses trésors.
Murielle attend.
Elle se remémore le dernier exposé du prof, qu’elle trouva assommant. Elle ne l’a jamais quitté des yeux.
A ce jour, aucun homme ne l’avait touché mais elle se donnerait à ce prof sur un simple claquement de ses doigts.
Elle n’est pas la seule, elle le sait. Plus d’une copine mouille en l’écoutant.
Mais c’était son choix, ce serait elle, elle le voulait mais comment lui faire savoir qu’elle l’aime à se donner sans retenue. Ce professeur était bel homme et tous s’accordaient à lui attribuer un succès sans rivalité auprès de la gente féminine. Cependant, personne ne l’avait encore vu accroché au bras d’une femme. Cette étrangeté redoublait l’ardeur des étudiantes avides de le séduire
Ce soir, dans cette obscurité de l’amphithéâtre, elle s’était mise en faction sur un vieux fauteuil. Elle l’attendait et elle le suivra où bon lui semblera et restera avec lui quoi qu’il arrive. C’était peu dire, mais elle l’ignorait.
Si elle échouait, alors elle prendrait le métro qui la raccompagnerait chez elle, seule et déseouvrée. Mais elle avait pensé à tout. « Ne t’inquiète pas maman, je dors chez une copine »
Elle est là, immobile, elle l’attend, impatiente et dans l’obscurité de l’endroit, elle s’endort comme une petite fille.
Il fait nuit quand elle se réveille, elle consulte sa montre : trois heures du matin. Elle se lève, s’étire et décide de gagner la sortie. Elle ne se perd pas dans les escaliers vertigineux, les corridors immenses, cette enfilades de pièces plus grandes les unes que les autres mais les luminaires des lampes témoins destinés aux vigiles qu’elle n’a jamais croisés, la rassure et guide ses pas.
Elle poussa une porte et se retrouva dans un petit théâtre dont la scène était éclairée. Une centaine de fauteuils recouverts de velours grenat formait un demi-cercle. Derrière eux se trouve des loges et la porte de l’une d’elles est ouverte. Elle y entre, sans réfléchir, obéissant à un appel mystérieux. Elle s’assied et contemple la scène toujours déserte. Quelque chose va arriver, c’est sur. Tour à coup, quelques notes plaquées sur un piano lui parviennent. Puis plus rien, le silence et la lumière de la scène s’atténue pour s’éteindre.
Murielle tétanisée, n’ose bouger et attend, son pouls s’accélère. Elle devine dans son intérieur le plus profond, qu’un événement va se dérouler et qu’elle en serait l’héroïne.
Soudain, une main l’empoigne à la gorge, la fait se lever et se retourner. Il fait trop noir pour qu’elle distingue les traits de l’homme.
Il extirpe de son pantalon son sexe, large, lourd et tendu à l’extrême. Il agrippe une poignée de ses cheveux et plaque sa bouche sur son sexe gorgé de sang. Très lentement, Murielle le suce entre des lèvres serrées et s’applique en s’attardant sur le renflement de son extrémité. Sa langue va et vient, lèche, s’attarde. Elle se concentre ne voulant pas décevoir ce bel inconnu. Sa respiration s’accélère, son plaisir monte, elle le sens. Sa main gauche se faufile entre ses cuisses qu’il écarte brusquement. Il soulève sa robe, arrache sa culotte. Il est assis et lui fait face. Il écarte lentement ses cuisses, l’empoigne par les fesses et la serre contre lui. Murielle ne résiste pas, affolée par cette puissance invisible. Elle n’a pas peur, elle a enfin rendez-vous avec ce qu’elle attendait. Enfin il lui arrive quelque chose dans sa vie plate et peu importe qu’il soit celui ou non qu’elle attendait. Murielle se sentait désirable et avait choisi d’offrir son désir, de s’abandonner.
L’inconnu malaxe sa petite poitrine, lui écarte largement ses cuises et la pénètre de son sexe puissant. Murielle ressent la lente et délicieuse douleur qui lui arrache le ventre. Il va se délivrer en elle, elle l’attend et atteint cette divine jouissance qu’elle découvrait avec extase.
C’est là qu’elle entrevit l’éclat de la lame et poussa un cri rauque.
Quand enfin, en elle la semence se répand dans son ventre à l’exact moment ou la lame la pénètre au cœur.
Elle le chevauche en un spasme ultime
L’homme étreint avec douceur ce corps maintenant sans vie et lui murmure à l’oreille :
« Petit ange, nous descendons d’une lignée infiniment longue de meurtrier »
Trois heures et demie du matin, rue de la Sorbonne, un homme, le col relevé, rentre chez lui et s’éloigne, sans que personne ne puisse le distinguer.
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